DEBUG HEADER : This is a cached page ! Philo-Fictions, la revue des non-philosophies

Philo-Fictions, la revue des non-philosophies

Philo-fictions est une revue publiée par l'ONPhI,
Organisation non-philosophique internationale

Traduction, une dernière fidélité : Disponible



L’affirmation de la philosophie oscille toujours entre sa mort et sa survie, son excès et sa rareté, son pluriel et sa singularité, sa médiatisation et son absolutisation, comme si elle ne savait exister que dans l’enclos de ces dualités harassantes. Les rares nouvelles propositions qui apparaissent sont encore des répétitions et des défenses doctrinales de positions. Philo-fictions prend le risque d’une autre ambition, la déclare, sans ignorer sa difficulté de réalisation : placer la philosophie sous la triple condition de l’invention, de la découverte et même du pari. Ici encore, il faut, pour les déréglementations et les utopies auxquelles nous aspirons, des principes nécessaires d’ordre, des règles, une nouvelle conception de la création et du déplacement des paramètres.
Sous le titre de non-philosophie, d’anti-philosophie, de sans-philosophie, voire de pop-philosophie, certaines de leurs conditions négatives ont été déjà fixées, certains de leurs codes les plus lourds identifiés, certaines tentatives ont été faites. Il reste, à qui le voudra, à proposer de nouvelles décisions. Il ne s’agit pas nécessairement de nouvelles grandes philosophies à visée hégémonique, mais au moins de textes qui pourraient être dits globalement « non-standard ». Par définition, nous ne savons ce que nous pouvons attendre de nous-mêmes.

François Laruelle

    Traduction, une dernière fidélité



Lire l'édito

La traduction est une opération transcendantale qui permet le déploiement d'une multiplicité de fictions à partir d'une variété de matériaux différents, à commencer bien sûr par les langues naturelles, mais pas exclusivement. Du point non-philosophique, les fictions (de) traduction ne peuvent être rigoureuses que si elles parviennent à se libérer de l'opération transcendante du traduire qui maintient le matériau-source dans un rapport de spécularité avec sa propre prétention d'originalité. Selon cette configuration (qui constitue le noyau du modèle de la traduction automatique propre à la philosophie), la traduction est, au pire, une impossibilité métaphysique et, au mieux, une opération philosophique de duplication de l'original que peut venir éventuellement médiatiser ou bien moduler la figure de l'Autre. L'usage abondant que la déconstruction derridienne a fait de la traduction ainsi que l'exportation du motif éthique dans les Translation studies sous l'impulsion d'Antoine Berman témoignent de ces nouvelles pratiques philosophiques du traduire. Autrement plus rigoureux, le traduire non-philosophique implique deux gestes qui se résolvent dans les termes d'une dualité unilatérale pour donner lieu à une pragmatique transcendantale du traduire, un traduire-fiction en quelque sorte. D'un côté, il s'agit de soustraire le matériau-source au jeu de sa propre idéalisation (ou réflexivité) dans le cadre de ce que l'on pourrait appeler une herméneutique non-philosophique, nécessairement critique mais en un sens radical. De l'autre, il s'agit de traduire ce matériau conformément à l'axiomatique non-philosophique – c'est le littéralisme non-philosophique – plutôt que de simplement l'activer selon les règles de sa propre prétention (philosophique) aux risques d'étendre son empire et celui qu'il a sur le monde. Les contributions réunies dans le présent numéro de Philo-fictions s'efforcent de tirer des fictions aussi rigoureuses que possible de leurs diverses mises en œuvre du traduire non-philosophique soit qu'elles critiquent radicalement les modalités restreintes du traduire philosophique, soit qu'elles réélaborent plus spécifiquement l'opération non-philosophique en activité (de) traduction, soit encore qu'elles inventent des pratiques inédites du traduire non-philosophique à partir d'une variété de matériaux et d'occasions (esthétique, science, etc,).

Sommaire du numéro 3


    Fiction, une nouvelle rigueur



Lire l'édito

Le numéro 2 est consacré au thème de la fiction. Quelques suggestions ou orientations possibles,


1. La non-philosophie a toujours revendiqué une forme de fiction ou d'invention conceptuelle (éventuellement de style axiomatique ou bien littéraire), sans laquelle son ambition n'a guère d'effectivité, elle a posé certaines des conditions de possibilité ou d'impossibilité d'une fiction de type philosophique, les nouveaux paramètres et les catégories nécessaire de la pensée, l'invention d'un genre qui se dit d'un seul syntagme, « philo-fiction ».

2. Rien n'interdit, bien que ce ne soit pas l'objectif premier de la non-philosophie, de consacrer des textes aux problèmes propres à la philosophie. Dans quelle mesure la philosophie est-elle une fiction (Voltaire au sens restreint et critique, Derrida au sens productif), en est-elle capable (Leibniz), en a-t-elle besoin pour être argumentée (Descartes, Husserl) ou pour être complétée (Platon, les néo-platoniciens, Badiou) ?

3. Dans l'esprit de la revue, les textes du genre « la fiction chez un tel… », devraient poser des problèmes théoriques plutôt qu'historiens ou historisants. Les rapports avec la science-fiction, la science, la politique-fiction, l'art, peuvent être soumis. Des textes bref se présentant comme des fictions en acte mais à signification ou effet théorique sont tout à fait recevables.

Sommaire du numéro 2


    Clandestinité, une ouverture



Lire l'édito

Les philo-fictions inaugurent un nouveau genre. Ce genre n'est pourtant pas littéraire, bien que la science-fiction nous inspire sans doute, car nous ne faisons qu'appliquer la même méthode. Le roman d'anticipation spécule en effet sur un progrès possible, et sur les changements qu'introduiraient dans la réalité certaines avancées techniques. Or, ces histoires, qui livrent volontiers une morale philosophique, sont en fait fondées sur une conception unitaire, et donc métaphysique, de la science. Certes, l'imagination des écrivains reste libre, mais elle est déterminée par l'état actuel des connaissances et des procédés, par les potentialités qu'ils recèlent, et par la conviction que ces changements matériels bouleversent profondément l'existence et le récit. Leur latitude se limite donc à fixer le développement des connaissances à un certain stade, pour envisager ensuite l'incidence qu'elles auraient sur l'humanité, l'éloignant plus ou moins de l'utopie.

La philo-fiction ne peut suivre la même voie, car, non seulement la philosophie reste étrangère au progrès tel qu'il anime les sciences, mais encore son influence sur l'homme n'est pas technique. Certes, les philosophes examinent la science et les techniques, formant des disciplines telles que l'épistémologie et la technologie, développant des critiques de la cybernétique et de la technocratie, mais leur réflexion se restreint de ce fait à l'usage politique du progrès. Ainsi la fiction n'est-elle admise dans leurs discours que si elle leur permet de camper une situation qui suscite ou valide une critique contemporaine.

Notre travail sera donc toujours dominé par cette triade que forment la science, la fiction et la philosophie, triade qui produit deux rapports bilatéraux, soit quatre combinaisons au total. La science-fiction conjecture le progrès technique et ses conséquences dans le simple dessein d'émanciper l'imaginaire du passé et du présent. Mais, elle ne cherche pas, le plus souvent, à nous projeter juste dans un futur proche, que prédéterminerait encore notre histoire et notre actualité ; elle s'efforce de rompre radicalement avec cette nécessité de dernière instance, pour ouvrir l'imaginaire et la raison à une contingence absolue ; aussi la philosophie s'empare-t-elle quelquefois de ce procédé pour universaliser une réflexion sur la technique et la politique, pour le plus souvent critiquer ce que la science rendrait possible, pour mettre en garde contre des risques.

À l'inverse, la science et la philosophie pures restent pourtant réfractaires à la fiction, si ce n'est sous la forme, pour cette dernière, de l'allégorie qui explicite et popularise ses théories. La philo-fiction n'est donc pas une philosophie qui utilise la fiction pour se faire comprendre ou un récit qui entend justifier un système, l'un et l'autre procédés se rejoignant sans cesse. Il s'agit pour nous, en partant de questions ou de thèmes précis, comme La clandestinité pour ce premier numéro, de réfléchir aux systèmes philosophiques qu'ils pourraient inspirer. Nous sommes convaincus que tout n'a pas déjà été dit, écrit, et qu'il est possible, au sein, en marge ou à l'extérieur de la philosophie, de penser autrement.

Conformément au titre de notre publication, la différence par rapport aux autres revues tiendra donc dans notre volonté de nous affranchir des écoles et des systèmes préexistants. Cela ne consistera pas à récuser la culture philosophique, qui est nécessaire à l'intelligence des problèmes fondamentaux, mais à en développer un certain usage, afin que, sous les auspices de la non-philosophie, naisse en nous une réflexion moins académique, une pensée des plus audacieuses.

Jean-Baptiste Dussert

Sommaire du numéro 1